Merci Martine Marthouret

Martine,

Je t’ai rencontrée en 2004, puisque tu as été la femme qui nous a demandé, avec mes collègues de master 1, de travailler sur le décodage, votre thème de prédilection depuis de nombreuses années déjà à toi, Anne-Marie Fluttaz, Catherine Rebière et Nicole Weiser. Ainsi, par voie de conséquence, tu m’as donné mon thème de mémoire de master 1, puis, plus tard ma spécialité professionnelle. Tu as ensuite relu ce travail et as été, lors de ma soutenance, membre de mon jury de mémoire, pleine de dynamisme et de soutien.

En 2005, toi et Anne-Marie Fluttaz, m'avez appris à coder en cours du soir au CHU de Grenoble, avec les parents et proches des jeunes sourds que vous formiez avec conviction, implication et patience. Là, tu nous as recrutées, avec deux de mes camarades, pour intégrer la première promotion de la licence de codeur parisienne qui ouvrait l’année suivante. Tu m’as donc ouvert les portes de ma formation, de mon métier, ma passion. L’année suivante, tu as donc été naturellement l’une de mes enseignantes en licence professionnelle.

Par la suite, ta volonté de faire avancer les choses en produisant des outils concrets a su nous convaincre, avec Véronique Jullien, de finaliser et publier notre manuel de décodage à destination des professionnels. Il est sorti après trois ans de travail toutes ensemble avec Marie-Agnès Cathiard. Tu as ensuite été à l’initiative d’autres travaux estudiantins, memories, etc. Rappelle-toi aussi les nombreux mois passés à constituer une banque d’images pour nous permettre d’illustrer les mots de vocabulaire présentés à nos jeunes élèves sourds en séances individuelles. Tu nous racontais tes clichés : je me rappelle d’un de tes retours, « ce week-end, j’ai fait arrêter mon mari, en voiture, en plein milieu d’un pont pour prendre en photo des rails de chemin de fer ».

De 2007 à 2014, nous avons été collègues enseignantes à la licence de codeur lyonnaise. Tu aimais donner leur chance et croire en les nouvelles générations de professionnels pour former les suivantes. Nous avons plancher ensemble sur les questions de décodage, notamment, et n’avons eu de cesse d’améliorer la formation initiale sur ce point. Tu m’as, entre autres choses, appris à rédiger des sujets d’examens, à constituer des grilles de correction.

Depuis 2007, nous étions collègues administratrices et membres du comité scientifique de l'ALPC. Là encore, tu étais toujours ravie et enthousiaste lors de l'arrivée des « p'tits nouveaux », les accueillant avec une grande bienveillance, extrêmement convaincue et déterminée pour faire avancer la situation des sourds oralistes ; une femme à fort caractère, aux convictions bien trempées, avec des méthodes très douces, une grande écoute des autres, sans jugement, qui poussait chacun à réfléchir, à se remettre en question...

Depuis 2008, nous formions le binôme de choc des formatrices de professionnels pour l'ALPC. Nous étions en effet souvent disponibles en même temps pour assurer nombre de formations, parcourant la France entière, dans des lieux réfractaires au code plus d'une fois. Nous nous retrouvions à l'hôtel, déjeunions, dinions ensemble souvent, refaisions le monde de l’enseignement spécialisé et cherchions la meilleure façon de transmettre nos idées, sans blesser ni juger personne, mais afin que chaque professionnel de la surdité comprenne les tenants et aboutissants du développement de la langue française par les sourds et prenne du recul sur ses pratiques professionnelles.

Et plus que tout, Martine, depuis je-ne-sais-quand, tu étais mon amie, une amie présente, jamais pressante, qui témoignait un sincère intérêt à l'égard de tes amis, à l’égard de ce que nous vivions, toujours avec une grande bienveillance et une réelle disponibilité. Une femme qui se racontait discrètement au détour d'une phrase, d'une idée, par petites touches, mais qui était très loquace pour raconter les siens, en particulier ses enfants et petits-enfants, qu'elle aimait comme la lionne aime ses petits, avec fermeté et rigueur, avec tant de fierté et d'un amour inconditionnel. Une femme qui va me manquer, beaucoup, mais qui sera toujours présente, tant son héritage est immense et tant elle a imprégné chacun de nous de ce en quoi elle croyait, de ce pour quoi elle militait, de ceux pour qui elle militait... finalement tant elle a imprégné chacun d’entre nous de qui elle était.

Merci pour tout Martine, merci d’avoir été tout cela et bien plus encore, merci d’avoir été toi.

Dimanche 24 septembre 2017.


Ajouté le 24/10/2017 par Marjolaine - Merci